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À l'occasion de la commémoration de la tuerie à la Polytechnique du 6 décembre 1989

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À l'occasion de la commémoration de la tuerie à la Polytechnique du 6 décembre 1989

En lutte contre le patriarcat sous toutes ses formes : en solidarité avec les femmes et en hommage aux femmes combattantes, à la mémoire d'Andrea Dworkin et de bien d'autres femmes

 

''Dans Pouvoir et violence sexiste, Dworkin s’attache surtout à dénoncer les différentes formes de violences (physiques ou symboliques) tendant à l’objectivation des femmes. Elle démonte aussi les mécanismes d’un pouvoir social infligeant de profondes discriminations à leur égard.

Pour ce faire, elle prend notamment appui sur la tuerie de la Polytechnique de Montréal, orchestrée en 1989 par Marc Lépine, pour nous illustrer à quel point ce massacre est d’abord un «geste politique» trahissant toute une série de valeurs patriarcales profondément incorporées. Ce massacre montre finalement de façon visible et publique les avatars d’une violence masculine à l’égard des femmes généralement confinée à l’espace privé. À juste titre, Dworkin voit dans le geste de Marc Lépine l’exemple de l’homme ne pouvant coexister hors d’un contexte où les femmes sont complètement soumises. il faut lire tout le deuxième chapitre de ce livre pour saisir la profondeur d’un tel point de vue.''i

- Mouloud Idir sur sisyphe.org

 

 

''« Je rêve qu’un amour sans tyrannie soit possible », écrivait-elle dans First Love. Personne ne mérite, clamait-elle, le sort des femmes violées, battues, pornographiées, prostituées, assujetties, dominées, persécutées physiquement et psychologiquement'', disait Sisyphe à propos d'Andrea Dworkin. 

La violence faite aux femmes loin d'être un cas isolé est plutôt la norme du système patriarcal. C'est ce que ma propre vie m'a si souvent prouvée à travers toutes ces formes pornographiques de la domination, de la prostitution généralisée toujours plus ou moins forcée par la contrainte physique, économique, sociale..., de la soumission imposée, du dénigrement du fait d'être ''femme'', de la misogynie généralisée qui vise à perpétuer la suprématie masculine. C'est ce que j'ai aussi observé dans le Downtown Eastside, où j'ai habité pendant deux ans, dans l'assujettissement des femmes autochtones qui a culminé et continue de culminer dans les femmes disparues et tuées. Leurs destins à elles aussi de toute évidence très malheureusement semblent davantage faire partie d'un phénomène systémique et non d'une tragédie si particulière.  Leurs conditions combinées de ''femmes'', de ''pauvres'' et d'''autochtones'' rendant tout le temps possible ce massacre continu.

La tuerie de la Polytechnique du 6 décembre 1989 que nous commémorons ces jours-ci, le meurtre de 14 femmes par Marc Lépine, apparaît dans ce cadre comme un événement du règne de cette histoire et non comme un fait isolé. C'est ce que la lecture du livre nouvellement publié par Les éditions du remue-ménage Retour sur un attentat antiféministe École Polytechnique 6 décembre 1989 nous fait davantage saisir.

Plusieurs ont voulu faire de Marc Lépine un fou et ont parlé de cette tuerie comme d'un incident isolé pour relativiser cette violence faite aux femmes et ce quand cet incident n'a pas été présenté comme un acte d'auto-défense des hommes face à un féminisme qui serait allé trop loin ou comme un acte héroïque posé contre la supposée ''tyrannie des femmes'' et des ''féministes'' en particulier. Il est évident que cet acte fait partie de ce que Susan Faludi a appelé backlash, qu'il a révélé tout le masculinisme dans cette société qui se vit tout simplement comme l'idéologie réactionnaire de la suprématie masculine pour empêcher les femmes de s'émanciper et de confronter, voire même, souhaitons-le ardemment, détruire le patriarcat. Cette tuerie dans son acte comme dans les discours qui l'ont représentée ont révélé la profonde existence généralisée de la misogynie encore une fois.

Combien d'hommes ont rêvé, pensent au fond d'eux-mêmes et/ou voudraient bien :
''envoyer Ad Patres les féministes qui m'ont toujours gaché la vie'', comme l'écrivait Marc Lépine dans sa lettre (écrite lorsqu'il préparait ses meurtres) ?

Ad patres, c'est là que notre domination masculine continue d'envoyer tant de femmes et aussi d'enfants.  Mortes à la vie physique ou à une existence potentiellement émancipée et émancipante.

Ce n'est pas étonnant alors que pour des hommes Marc Lépine est un héros.  

Il m'est apparu dans ce contexte important de prendre position à partir de ma propre condition masculine.
 

i À ce titre, je ne peux que vous encourager à écouter la conférence prononcée par Andrea Dworkin après la tuerie à la polytechnique disponible à http://www.andreadworkin.com/audio/montrealdworkin.mp3 et à lire les articles en français de Sisyphe dont ceux qui traitent des positions d'Andrea Dworkin à http://sisyphe.org/

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Réflexions sur la nécessaire guerre contre le patriarcat à partir de ma propre condition masculine

 

à la mémoire d'Andrea Dworkin et de tant d'autres femmes, en solidarité avec tant de femmes

 

Le patriarcat s'est imposé sur moi et en moi très jeune bien avant que j'aie conscience de la domination masculine. Mais le viol, l'agression continue de ma chair et de mon esprit, le rabaissement, le dénigrement par mon père étaient fondamentalement les produits de cette société patriarcale. La dépendance économique, sociale et affective de ma mère envers mon père qui me faisait vivre dans cet enfer l'était aussi. Son silence et sa passivité furent à la fois sa complicité et les résultantes de sa soumission. Le silence et la passivité en ont tué plus d'une, plus d'un certaines fois aussi.

 

La pacification est une continuité de la guerre par d'autres moyens. C'est l'assurance de notre défaite, de notre destruction à plus ou moins longue échéance.

 

Ce qui m'est arrivé arrive surtout à des femmes, mais elles le vivent en permanence de différentes façons. Moi, la société a fait de moi un garçon. Elle s'attend à ce que je séduise, conquière, domine. Que j'assume mon rôle de mâle et que je reproduise ainsi la domination. Mais la sensibilité qu'a injecté en moi le viol sexuel, psychologique, physique, m'en empêche sauf quand je perds conscience de cette souffrance, quand je me désensibilise. Sans la violence inhérente à cette désinhibition, je suis seul, à la solitude je suis réduit, marginalisé. La société s'attend et les femmes en majorité incluses en ce qu'elles ont été forméEs par cette société en tant que sujets passifs, à séduire, à dominer.

 

Je demeure en lutte, dans la souffrance de disconvenir socialement, pour ne pas reproduire. J'ai évidemment intérêt à ce que les femmes s'émancipent dans ce processus même si cela passe par leur séparation, leur regroupement en non-mixité, pour se donner un pouvoir social de vivre et de lutter. C'est la condition de leur puissance d'agir en opposition offensive dans un monde patriarcal et face au monde patriarcal. Je peux m'en faire solidaire, mais ne peut en être totalement. Je suis colonisé par ma condition masculine même si j'agis en refus. Je ne peux pas être complètement maître de mes conditionnements, de mon inconscient... et de ce qui en résulte en actes, malgré ma consciente détermination à vouloir combattre du côté des femmes contre le patriarcat.

 

Accepter et parfois même encourager la non-mixité, la séparation, temporaire ou permanente des femmes face aux hommes et très souvent contre eux y compris moi-même est un geste nécessaire à assumer si je me veux vraiment antipatriarcal.

 

Le combat des elles qui sont la majorité vaut bien plus que ma petite peau dans tous les sens du mot. Même si en moi se crie le besoin de présence, d'intimité, d'affection charnelle, de sensualité, de rapports sexuels... avec les elles et la souffrance parfois si douloureuse du manque. Je dis avec les elles, car mon rejet de la masculinité émotionnel et rationnel enduit en moi un refus viscéral de l'homosexualité mâle qui est trop souvent la reproduction autrement du monde des hommes d'où entre autres la misogynie explicite de beaucoup de gais et la séparation de la relation homosexuelle mâle en top (''le mâle'') et en bottom (''la femme'')i.

 

Peut-être qu'un jour quand le patriarcat sera aboli nous retrouverons la pleine jouissance de nos corps désubjectivés, l'abolition des genres, mais pour l'instant la guerre doit être envisagée et vécue avec les possibles alliances, néanmoins avec aussi fondamentalement la nécessaire conscience matérialiste et historique de cette guerre. Cette guerre qui contre tout avis masculin et particulièrement masculiniste ainsi que malheureusement celui de plusieurs femmes n'a certes pas été choisie par les femmes et les féministes particulièrement, mais de manière très évidente imposée par le patriarcat.

 

i tiré de la définition de misogynie sur Wikipédia

Misogynie et homosexualité

Dans les civilisations antiques guerrières, l'homosexualité était parfois admise, mais pénétrer était valorisé alors qu'être pénétré était dévalorisé (voir Homosexualité dans l'Antiquité). Cela était valable pour l'homosexualité comme pour l'hétérosexualité (dans ce cas il s'agit de misogynie). Être pénétré étant considéré comme une position "passive donc inférieure" et pénétrer comme une position "active donc supérieure" ; cette vision des choses perdure de nos jours comme on peut le voir dans les vocables de la duperie (duper/être dupé) : baiser/être baisé, enculer/être enculé. L'utilisation de ces termes remplacent les mots tromper/être trompé, alors plus dédié à la notion d'adultère, et renforcent le caractère "humiliant" : il est vu comme humiliant de se faire pénétrer. On peut d'ailleurs le rapporter à la pratique antique de certaines armées qui violaient les prisonniers faits captifs pendant la bataille pour assertir leur domination et la défaite totale de l'autre camp.


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