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Bloquons le Plan Nord!

La communauté innue rejette le plan Le Nord pour tous du gouvernement du Québec

by Aaron Lakoff

Élyse Vollant et Denise Jourdain, dans la maison d'Élyse à Mani-Utenam. Photo: Aaron Lakoff
Élyse Vollant et Denise Jourdain, dans la maison d'Élyse à Mani-Utenam. Photo: Aaron Lakoff

 
de Aaron Lakoff (traduit de l’anglais par Danie Royer)

* Version originale en anglais: http://dominion.mediacoop.ca/story/plan-nord-be-dammed/15489

SEPT-ÎLES, QC—Marie-Louise André Mackenzie est une aînée de 86 ans du village de Schefferville au Québec. Affichant un visage empreint de profondes mais dignes traces du temps et un large sourire, Mackenzie parle Innu-aimun. Alors qu’elle parle, sa petite-fille traduit ses mots en français.

« Je protégerai toujours mon territoire et ma langue. Mais aujourd’hui, notre territoire est en ruine. Schefferville est pleine de trous. Si je meurs, tout mourra avec moi », explique Mackenzie, lors d’un entretien avec le journal The Dominion dans une maison de la réserve de Uashat. « L’impact du développement minier signifie que les jeunes sont heureux parce qu’ils ont des emplois, mais ils ne sont pas conscients de tout ce qu’ils perdent ».

Mckenzie porte en elle la tradition Innue et le passé d’une communauté presque dénué de relations avec la société coloniale. Née dans une forêt à l’extérieur de Schefferville, à plus de 1100 kilomètres au Nord-Est de Montréal, elle comprend les dangers qui menacent sa langue et sa tradition avec l’arrivée du Plan Nord ou d’autres projets de développement.

Après avoir parlé, Mackenzie prend un moment de répit, puis enchaîne un chant traditionnel de femmes innues que ses sœurs lui ont appris. Sa petite-fille fond en larme.

Le Plan Nord, d’après le gouvernement du Québec, est l’un des projets de développement les plus prometteurs sur les plans économique, social et environnement de notre époque. Le projet d’une durée de 25 ans convoite des retombées estimées à plus de 80 milliards de dollars et la création de 20 000 emplois. Le plan, qui a fait l’objet d’une campagne promotionnelle agressive martelée par le gouvernement de Jean Charest, a été récemment rebaptisé Le Nord pour tous sous l’égide de la première ministre Pauline Marois, qui a remplacé Charest depuis septembre.

Mais les paroles de Mackenzie ainsi que d’autres résident-e-s des communautés innues réparties dans le Nitassinan (le territoire traditionnelle innue, qui recouvre principalement le Nord-Est du Québec et le Labrador) soulèvent des doutes quant à la nature véritable du nouveau plan Le Nord pour tous promut par le gouvernement.

« Le Plan Nord affecte notre territoire, et lorsque le territoire est affecté, cela affecte nos traditions, notre culture, notre langage, nos racines et notre histoire, » exprime Pishu Pilot, un père de deux jeunes enfants de la communauté de Uashat. « Le Plan Nord est un plan qui détruira tout ce qui fait de nous un peuple des Premières Nations. »

« La population commence à s’apercevoir que [les conséquences du] Plan Nord sont extraordinairement nuisibles » explique sa mère, Shanet Pilot. « Il y a de l’uranium, des arbres, des rivières harnachées, des caribous qui ont été conduits loin, très loin, » dit-elle, tenant une plume d’aigle qu’elle dit lui apporter de la force. «  Nos grands-parents ont toujours su où se trouvaient les caribous. Maintenant, ceux-ci s’en vont plus loin. Quelques hommes sont partis à la chasse la fin de semaine dernière et n’ont trouvé aucun caribou à l’endroit où ils sont supposés être. »

Le Plan Nord est un projet multi-facettes d’exploitation des ressources comprenant l’excavation de mines, l’expansion de la foresterie et l’harnachement de rivières pour y construire des barrages. La résistance menée par les autochtones contre ce plan – et particulièrement envers les projets hydro-électriques sur la rivière Romaine – est en cours.

La Romaine est une rivière de plus de 500 km s’étalant au Sud de la frontière Québec-Labrador et se jetant dans le golfe St-Laurent. Hydro-Québec, une société d’État responsable de générer et de distribuer l’électricité à l’échelle de la province, avance la construction de quatre barrage qui ferait un véritable ravage sur l’une des dernières et des plus imposantes rivières jusqu’alors intactes de la province.

Par-dessus le marché, la province vante même ces nouveaux barrages comme étant une source d’énergie « verte ».

« Évidemment, quand ils parlent d’"énergie verte", ce n’est pas de l’énergie verte, parce qu’ils détruiront une rivière avec des barrages », explique Élyse Vollant, une mère de huit enfants qui a contribué à mener une marche contre le Plan Nord de Mani-Utenam à Montréal au printemps dernier. « Et dans la rivière, il y a du saumon ainsi que d’autres poissons. Ce sont d’autres animaux également qui seront menacés par ceci. Et pour accéder à la rivière, ils devront couper des arbres… Ce n’est pas de l’énergie verte. »

Hydro-Québec a tenu deux referendums en 2012, l’un à Uashat et l’autre à Mani-Utenam, à quelques 900 kilomètre de Montréal. Le référendum portait sur la permission de passer des lignes de transmission traversant le territoire de ces communautés à partir des barrages. Aucun de ces référendums sur le projet n’a reçu un accord majoritaire.

Malgré ces résultats, Hydro-Québec est allée de l’avant dans la construction.

« Après les résultats des deux référendums, Hydro-Québec a continué les travaux, » explique Denise Jourdain, une grand-mère et enseignante de la langue innue à Mani-Utenam. Ils ont continué à installer leur lignes de transmission qui traversent le territoire ancestrale de Uashat et de Mani-Utenam, alors un groupe de jeunes hommes ont dénoncé [Hydro-Québec] et ont commencé un blocus. « Les jeunes hommes ont vite été rejoint par d’autres ».

Il y a eu cinq blocus de la route 138, principale route de la région de la Côte-Nord, au cours de la dernière année seulement, incluant les blocus directement devant un site d’un barrage d’Hydro-Québec en construction situé près du village d’Havre-Saint-Pierre en novembre.

À l’un des premiers blocus en mars, 12 femmes et un homme ont été arrêté-e-s par la police provinciale. Seule Jourdain a passé du temps en prison. Peu après, Jourdain, Vollant et d’autres arrêtées ont décidé d’organiser une marche de 900 kilomètres de Mani-Utenam à Montréal afin de protester contre le Plan Nord. La marche, qui a duré un mois, a été menée par une poignée de femmes déterminées de Uashat et de Mani-Utenam. Elles ont attiré l’attention des médias, accordant des entrevues au Toronto Star et à la radio de CBC. Les marcheuses sont arrivées à Montréal le 20 avril, en plein dans le moment fort de la grève contre la hausse des droits de scolarité et juste à temps pour le Salon du Plan Nord proposant une foire d’emplois, lequel a été perturbé par des manifestations. Les marcheuses innues ont également été au centre de la grande manifestation du jour de la Terre du 22 avril, laquelle a vu convergée des centaines de milliers de personnes dans les rues de Montréal dans la conjoncture de la mobilisation des étudiantes et étudiants en grève.

Bien que Montréal semble être un monde complètement différent de celui de Mani-Utenam, les liens entre le Plan Nord et la grève étudiante au Québec ne sont pas qu’une coïncidence. « Charest, dehors! On va te trouver un job dans le Nord! » est devenu un slogan répété à maintes reprises dans les rues de Montréal durant la grève. Ce slogan fût l’expression d’une rage collective suite à une mauvaise blague formulée par le premier ministre Jean Charest à l’intention des étudiants qui manifestaient à l’extérieur du Salon du Plan Nord, souhaitant qu’ils se trouvent une job… « dans le Nord, autant que possible ».

Les luttes étudiantes et la défense du territoire par les autochtones sont devenues interalliées d’une façon sans précédent au Québec étant donné la prise de position de certains membres du mouvement étudiant faisant des liens entre la marchandisation de l’éducation, selon la logique néolibérale, et la mise en vente les ressources naturelles avec le Plan Nord. L’idée était que, advenant le cas où le mouvement étudiant connaîtrait une victoire, il importait d’élargir les perspectives de luttes au niveau environnemental et social.

Alors que les innu-e-s entamaient leur plus récent blocus de la route 138 en octobre dernier, l’organisation étudiante la plus militante, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), a envoyé une délégation de ses membres afin de renforcer la barricade. En novembre également, des étudiant-e-s de McGill ont organisé une campagne réclamant la fin des collaborations entre l’université et les compagnies directement impliquées dans le Plan Nord.

En dépit de la nouvelle image de marque du Plan Nord et un changement du discours au niveau du gouvernement provincial, les chantiers sont toujours en marche dans le Nord de la province. Lors d’une mission économique officielle à New York en décembre, Marois a réitéré son appui pour le développement du Nord, en faisant part de sa volonté d’accroître les exercices de consultation auprès des Premières Nations. Elle a maintenu devant les investisseurs du secteur minier qu’il y aurait éventuellement des changements au niveau des redevances et des taxes, mais que ceux-ci seraient « raisonnables ».

Questionnées à savoir si elles percevaient un changement quelconque dans l’approche du gouvernement Marois au sujet Plan Nord, les marcheuses, réunies dans la salle à manger chez Élyse Vollant, hochent toutes négativement de la tête.

« Moi, je ne reconnais pas le système de gouvernance Québécois ou Canadien, » soutient Jourdain. « Ce ne sont pas mes gouvernements, ils n’ont pas été mis en place selon nos moyens et nos coutumes. Ils ont été mis en place selon les intérêts d’une société qui est venu s’installer ici, selon leurs mœurs et leurs lois. Ils ne nous ont jamais consultés. »

Aaron Lakoff est un journaliste à la radio, un DJ ainsi qu’un organisateur communautaire établit à Montréal, tentant de saisir les liens unissant le reggae, le soul et un monde libéré.

 


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